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 De La Couveuse Pour Enfants

Par A. Auvard

III. -- Influence de la Couveuse sur la Respiration,
le Pouls et la Température du Nouveau-né.

La température des nouveau-nés a été très bien étudiée pendant les heures qui suivent la naissance et le premier jour de la vie. Nous citerons parmi les travaux les plus complets à cet égard ceux d'Andral, Bärensprung, Fehling, Finlayson, Förster, Sommer, Wurster. L'étude du pouls et de la respiration a été également faite avec soin par différents auteurs, parmi lesquels nous mentionnerons surtout Jacquemier, Roger, Schütz, Trousseau, Valleix [2].

Nous avons repris cette étude de la température normale des nouveau-nés, en même temps que celle du pouls et de la température, et la planche annexée à ce travail (planche III) est la moyenne de cinq tracés pris sur des enfants à terme de poids et de sexe différents pendant le mois de juillet, c'est-à-dire la période la plus chaude de l'été. Nous livrons ces observations comme simple contribution à cette étude, nous réservant de tirer des conclusions générales dans un travail ultérieur.

Des cinq enfants, il y a avait trois filles et deux garçons, à terme, du poids de 2,820 gr. à 4,105 gr. au moment de leur naissance, par conséquent présentant un développement très différent. Ils ont été allaités par leur mère.

Le premier jour, nous avions eu soin de choisir des enfants nés dans la matinée; les mensurations ont été prises au moment même de leur naissance, avant la section du cordon, puis 1/2 heure, une, dexu, trois, cinq, sept, neuf, onze et treize heures après, ainsi que cela est indiqué en tête des colonnes du tracé graphique. Pendant les sept jours consécutifs, les observations ont été faites à 8 heures du matin, à midi, à 6 heures du soir et pendant la nuit à 11 heures.

Notre tableau comprend neuf courbes superposées dont voici le détail:

La première est le tracé de la température extérieure qui a oscillé entre 18° et 25° centigrades.

La seconde et la troisième ont trait au pouls et à la respiration. Ayant remarqué que les données fournies par ces deux examens variaient beaucoup, suivant que l'enfant dormait, était éveillé tout en étant tranquille, tétait ou criait, nous avons pensé que pour établir des moyennes ayant quelque signification il fallait, à chaque examen, tenir compte de ces quatre états différents de l'enfant, et c'est pour cela qu'à partir de la cinquième mensuration on voit la courbe se diviser en quatre branches: la ligne continue indique les résultats obtenus sur l'enfant pendant le sommeil, celle à grant trait sur l'enfant éveillé, mais tranquille, celle à petit trait sur l'enfant tétant le sein de sa mère ou le plus souvent suçant le bout du boigt qu'on lui présentait, enfin la ligne pointillée a rapport à l'enfant criant ou pleurant.

Pour déterminer le nombre des pulsations cardiaques, nous nous sommes servi du stéthoscope avec tuyau en caoutchouc de Constantin Paul. Pendant le sommeil, soit en mettant le pavillon de l'instrument sur les vêtement, soit en défaisant doucement les vêtements et en le glissant à la partie supérieure du thorax, nous pouvions faire notre examen sans produire le réveil.

Le nombre des respirations était déterminé, soit en notant simplement avec les yeux ou la main les mouvements de la cage thoracique à travers les vêtements, soit souvent, pendant le sommeil, en appliquant le pavillon du sthéthoscope devant le nez: on entend ainsi très nettement la sortie de l'air à chaque expiration.

Nous n'avons pu commencer cette quadruple mensuration que trois heures après la naissance, jusque-là l'enfant n'étant pas, le plus souvent, dans les conditions pouvant le permettre.

La température rectale, notée avec des points, vient en quatrième lieu. Elle a été prise avec un thermomètre médical à réservoir globuleux et à mercure. La boule a été ordinairement maintenue enfoncée de 3 à 4 centimètres dans le rectum, détail important, car la température varie légèrement suivant que le réservoir est plus ou moins enfoncé.

La température buccale, dont le tracé est marqué par de petites croix, a été prise avec un thermomètre analogue au précédent, en le glissant entre la joue et le rebord alvéolaire des mâchoires, la bouche de l'enfant étant maintenue fermée avec une main. C'est une mensuration assez difficile à faire, c'est celle qui donne les résultats les moins certains.

La courbe de la température axillaire, prise avec un thermomètre à réservoir cylindrique, est représentée par de petits cercles. Elle a été prise indifféremment dans l'une ou l'autre aisselle.

Les septième et huitième tracés représentent la courbe fournie par les températures du front (V) et de la plante du pied (V renversé). Elles ont été prises avec des thermomètres spéciaux à réservoir constitué par un tube en spirale, auquel fait suite un tube perpendiculaire où se fait l'ascension de la colonne mercurielle. Ces thermomètres étaient maintenus en place, au front, à l'aide d'une bande élastique faisant le tour de la tête, et au pied le réservoir étant appliqué sur la face plantaire par une bande analogue entourant cette extrémité.

Ces différents thermomètres étaient laissés en place de 20 à 25 minutes, jusqu'à ce que la colonne mercurielle eut atteint un niveau stationnaire. Le même thermomètre servait toujours à la même mensuration pour tous les enfants, et de temps à autre nous avons eu soin de comparer ces différents instruments pour nous assurer deleur exactitude relative.

Le dernier tracé représente la moyenne des pesées des enfants faites quotidiennement.

Inutile de dire que toutes ces observations ont été faites uniquement par nous. Elles n'ont pas toujours été pratiquées exactement à l'heure mentionnée; par exemple, les résultats consignés pour midi ont pu être obtenus entre onze et une heur, mais ce sont là des écarts impossibles à éviter.

D'après les résultats fournis par cette courbe moyenne, on voit que le nombre des pulstations cardiaques du nouveau-né pendant le sommeil, ou la veille à l'état tranquille, s'éloigne peu de 120, et que ce chiffre peut être considéré comme le nombre physiologique des pulsations du coeur. La respiration donne des variations beaucoup plus considérables et il ne semble guère possible, sauf pendant les quatre derniers jours où le nombre des respirations oscille entre trente et quarante, d'assigner un chiffre moyen.

La température rectale, après la chute du début, présente un accroisement régulier qui atteint son summum le lendemain dans la journée. Du sixième au huitième jour, nouvelle et légère ascension thermométrique. Ces résultats sont conformes à ceux trouvés par la plupart des auteurs. La chute initiale de la température est plus faible et d'une plus courte durée que celle indiquée en général, ce qui est probablement dû au degré élevé de la température extérieure; ces mêmes enfants observés en hiver auraient vrai semblablement présenté une chute plus considérable.

L'hypothèse de Bärensprung, qui attribuait cette chute initiale en grande partie au bain et aux soins de propreté donnés à l'enfant après sa naissance, est démontrée inexacte par la planche VI, où le bain tel qu'on le donne à tous les enfants à la Maternité, à 39°, a élevé la température de 0°,6, et par la planche V, où l'enfant a été placé dans la couveuse immédiatement après sa naissance et n'a été nettoyé que pendant la soirée.

Comme exemple de ce que peut être cette chute de température après la naissance, de la durée et de l'intensité qu'elle peut atteindre alors qu'il fait froid et que l'enfant naît avant terme, nous donnons la courbe ci-jointe, la plus typique parmi les diverses que nous avons recueillies (planche IV).

Quant à l'élévation thermométrique qui se fait du sixième au huitième jour, dont la cause est restée jusqu'ici inconnue, nous ferons simplement remarquer que son début coïncide assez bien avec le moment de la chute du cordon. Hennig, d'ailleurs, avait déjà dit qu'elle était due au travail d'oblitération des vaisseaux ombilicaux.

L'aisselle et la bouche ont une température toujours inférieure à celle du rectum. Leur rapport réciproque est un peu variable; néanmoins la température buccale, prise ainsi que nous l'avons fait entre la joue et les rebords alvéolaires des maxillaires, est généralement inférieure à celle de l'aisselle.

Les températures locales du front et du pied offrent une courbe assez capricieuse, surtout pour le pied, fait assez bien en rapport avec ce qu'on observe avec la main, les extrémités inférieures des nouveau-nés étant trouvées tantôt froides, tantôt assez chaudes, et cela avec beaucoup de variations.

Nous ne sommes pas encore à même de donner un tracé complet analogue au précédent, et qui indiquerait par comparaison toues les modifications imprimées par la couveuse au poids, à la respiration et aux diverses températures. Nous nous bornerons ici à faire connaître les résultats partiels que nous avons obtenus et qui pourrent être complétés ultérieurement.

Le pouls et la respiration subissent une augmentation de fréquence sous l'influence de la couveuse, mais ils semblent d'autant moins influencés que l'enfant est né plus près du terme normal. Chez un enfant né au terme de huit mois, placé dans la couveuse de suite après sa naissance, pendant les quatre premiers jours, le pouls a été en moyenne de 150 à 160, avec 120 et 180 comme chiffres extrêmes. La respiration pendant ces mêmes jours a été particulièrement accélérée, les mouvements respiratoires étaient, par exemple, très fréquents, sans trace de gêne bien marquée et ont atteint dans un cas la moyenne de 90 à la minute. Nous livrons ce chiffre comme un simple exemple des effets que peut produire la couveuse sur la respiration, car par un examen attentif de l'enfant, il n'a pas été possible de découvrir une autre cause de cette accélération (enfant sorti vivant).

A partir du sixième jour, ces deux functions semblent revenir au chiffre normal, sauf la respiration, qui est toujours un peu plus fréquente qu'à l'état physiolgique.

La chute initiale de la température semble peu influencée par la couveuse; on peut voir dans les planches V et VI qu'elle n'est ni abrégée, ni diminuée d'intensité. Mais l'ascension succédant à la dépression se fait beaucoup plus rapidement qu'à l'air libre.

La température continue à s'élever ou à rester élevée le deuxième et le troisième jour, ainsi qu'on peut le remarquer dans la planche VI; quelquefois même, le deuxième jour, elle revient au chiffre normal auquel elle reste cependant d'habitude supérieure de quelques dixièmes de degrés. Dans d'autres cas, l'élévation de température se prolonge plus longtemps, jusqu'au moment de la sortie de l'enfant hors de la couveuse.

La température axillaire est plus élevée relativement à celle du rectum qu'à l'air libre. En général, elle n'est que de un à deux dixièmes inférieure à celle du rectum, assez souvent égale, et dans quelques cas rares supérieure de un à deux dixièmes de degrés. Cette influence de la couveuse sur la température périphérique montre réellement son actionsur la circulation des parties superficielles du corps et particulièrement de la peau.

La température du front oscille en moyenne entre 35 et 36°. Elle est en général plus élevée qu'à l'air libre. Il en est de même de la température du pied, dont les oscillations, ici comme à l'état normal, sont assez considérables.

L'influence que peut exercer l'emploi momentané de la couveuse sur la température de l'enfance est bien mise en lumière par la planche II. -- Cet enfant, atteint d'oedème au quatrième jour après sa naissance, fut placé dans la couveuse le jour suivant. La température monta rapidement à 39°; l'oedème ne tarda pas à disparaître, puis l'enfant étant guéri et sorti de la couveuse, la température regagna petit à petit son degré normal.

 


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Created 3/2/1999 / Last modified 3/2/1999
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