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 De La Couveuse Pour Enfants

Par A. Auvard

II. Résultats Cliniques et Statistiques Fournis
par les Couveuses de la Maternité

A. Résultats cliniques.

On peut voir par le tableau statistique joint à ce trevail, et qui résume les observations de tous les enfants ayant été traités par la couveuse depuis son installation jusqu'à la moitié de juillet 1883, que le nombre des enfants ayant passé par l'appareil a été de 151.

Ces observations, quoique incomplètes à beaucoup d'égards, nous permettent néanmoins de donner un aperçu du mode d'action de la couveuse et d'indiquer son influence sur les différentes maladies du nouveau-né pour lesquelles elle a été employée.

Ces différentes maladies et états pathologiques sont la naissance avant terme et la faiblesse congénitale, la cyanose et l'oedème, la gêne respiratoire, le rappel à la vie après la naissance en état de mort apparente, l'athrepsie, la syphilis, la naissance à l'aide d'une intervention obstétricale et enfin différents vices de conformation.

Passons en revue successivement ces différentes affections:

1. Naissance avant terme et faiblesse congénitale.

C'est surtout pour les enfants nés avant terme ou pour ceux qui, nés à terme, présentaient un état de faiblesse alarmant que la couveuse avait été installée à la Maternité. Aussi ne devons-nous pas être étonné de voir figurer dans cette catégorie la grande majorité des cas consignés dans notre tableau.

Il ne sera ici question que des enfants ne présentant aucun autre état pathologique que leur naissance avant terme ou leur faiblesse congénitale.

Tous ceux qui, tout en se trouvant dans les conditions précédentes, étaient atteints d'une autre affection, seront signalés à propos de cette dernière affection.

Pour apprécier le terme des enfants, on s'est servi de tous les éléments pouvant éclairer la question et particulièrement de l'époque de la dernière menstruation. On compte en général à la Maternité le terme de la grossese, en supposant que la femme est devenue enceinte environ cinq jous après la fin de la dernière menstruation. On comprend toutefois combien il est difficile de fixer avec précision le terme en question; aussi, est-ce en général au poids de l'enfant, qui fournit une donnée précise en elle-même, que nous préférons avoir recours dans notre étude, sans nous dissimuler qu'il est impossible de fixer le terme de la grossesse d'après ce renseignement. Ces enfants, nés de six à huit mois et demi et qui ont été placés dans la couveuse simplement à cause de leur naissance prématurée, sont au nombre de 93: 31 sont morts et 62 sont sortis vivants.

Si nous prenons les cas les plus saillants, nous trouvons à signaler: No 7 (du tableau), enfant de 6 mois et 6 jours, pesant 1,720 grammes, ayant séjourné quarante-six jours dans la couveuse et sort vivant et en bon état. -- No 8: enfant de 6 mois 1/2, pesant 1,820 grammes, étant resté cinq jours dans la couveuse et sorti aussi dans de bonnes conditions. -- No 14: enfant de 1,630 grammes, sorti bien portant après onze jours de séjour dans la couveuse. -- No 21: enfant de 1,530 grammes, sorti bien portant, après être resté neuf jours dans la couveuse. -- No 71: enfant de 7 mois, pesant 1,530 grammes; douze jours dans la couveuse, sorti bien portant. -- No 73: enfant de 7 mois, pesant 1,400 grammes, sorti bien portant après douze jours de couveuse. -- No 109: enfant de 1,550 grammes, sorti en bon état après dix journées de couveuse.

On voit donc que, grâce à ce moyen, on a pu permettre à des enfants nés avant terme, et pesant comme minimum, 1,400 grammes, de vivre, ce qui, vu les mauvaises conditions ou ils se trouvent dans une Maternité, constitue un résultat très satisfaisant et dépassant ce qu'on est habitué à obtenir en pareille circonstance.

On objectera à ces chiffres qu'on a vu des nouveau-nés de 1,350 gr., 1,300 et même 1,100 grammes, pouvoir ètre élevés sans l'aide de la couveuse. Nous trouvons pareils faits mentionnés par M. Pinard dans son article foetus du Dictionnaire Dechambre (page 528). Nouse répondrons simplement que ce sont là de très rares exceptions citées à titre de curiousité et nous ne doutons pas qu'avec les progrès que l'on fera dans l'emploi de la couveuse pour les enfants nés avant terme, on arrivera à élever facilement ces mêmes enfants de 1,400, 1,300 et 1,100 grammes et que les exemples cités plus haut à titre d'exception deviendront communs, grâce à cette nouvelle méthode. Il est d'ailleurs bien probable qu'avant l'emploi de la couveuse, on les a placés dans des conditions de température analogues à celles que peut fournir cet appareil. La couveuse permet simplement de réaliser avec la plus grande facilité ces conditions obtenues auparavant avec beaucoup de peine.

Les enfants nés à terme ou à une époque très voisine du terme, et qui ont été placés dans la couveuse pour leur mauvais état général, sont au nombre de 6: 2 sont morts et 4 sont sortis vivants. (Obs. nos 29, 56, 62, 92, 126, 120.)

2. Cyanose et oedème. -- Hypothermie.

La cyanose et l'oedème des nouveau-nés sont caractérisés par les symptômes suivants: quelques jours après la naissance, chez les enfants faibles, nés avant terme et le plus souvent pendant la saison froide, la température centrale s'abaisse et sous l'influence de cette hypothermie, dont la planche II constitue un exemple des plus nets, la circulation se ralentit, la cyanose apparaît accentuée, surtout aux extrémités du corps. A un second dégré, l'oedème vient s'ajouter à la cyanose, et les petits membres présentent à ce moment les trois symptômes caractéristiques de cet état: le refroidissement, la cyanose et l'oedème.

L'état précédent est décrit par un grand nombre d'auteurs sous le nom de sclérème; mais suivant le professeur Parrot, le sclérème est une toute autre affection, c'est une des manifestations de l'athrepsie; il est produit par une altération profonde des éléments de la peau qui se dessèche, se ratatine; desséchement et ratatinement qui n'ont en général d'autre terme que la mort de l'enfant. Dans le cours du sclérème, on observe quelquefois un léger degré d'oedème, mais seulement à titre de symptôme passager et inconstant. Ce n'est nullement de cette maladie athrepsique qu'il est question dans ce chapitre.

Réservant au mot sclérème la signification pathologique que lui a attribuée le professeur Parrot, nous ne désignerons que sous les noms de cyanose et d'oedème hypothermique l'état pathologique qui nous occupe ici.

Cyanose. -- Les enfants traités pour cyanose simple, sans oedème, ont été au nombre de cinq (observations 3, 16, 22, 26, 114). Grâce à ce traitement, la circulation s'est rapidement rétablie. En général, la présence de l'enfant pendant une à cinq journées a été suffisante; dans un seul cas (no 114) le nouveau-né est resté onze jours dans la couveuse, mais il est probable, quoique l'observation ne le mentionne pas, qu'une aussi longue prolongation n'était pas utile et qu'on aurait pu le retirer plus tôt.

 Oedème. -- Le numbre des enfants placés dans la couveuse pour oedème hypothermique a été de 25 (nos 12, 15, 18, 20, 23, 25, 32, 43, 45, 50, 58, 64, 69, 76, 81, 82 bis, 103, 104, 105, 113, 116, 119, 121). Sur ce total, on compte 4 morts; la première (no 50) a trait à une fille de 1,550 grammes, née au terme de sept mois; la deuxième (obs. 81) est celle d'un garçon de 2,2570 grammes, né au terme de sept mois et demi; la troisième (no 82 bis) est celle d'un jumeau du poids de 1,650 grammes; la quatrième (no 103) appartient à une fille de 2,180 grammes, née au terme de sept mois et une semaine environ. Comme on le voit, ces 4 cas étaient des plus défavorables.

Si nous consultons les succès, nous voyons qu'on a pu sauver un enfant de sept mois pesant 1,910 grammes (obs. 20); un de sept mois et demi pesant 2,350, no 58; et enfin un enfant de six mois et demi (no 113) pesant 1,650 grammes, et qui est resté onze jours dans la couveuse.

Les autres enfants que nous ne mentionnons pas se trouvaient dans des conditions plus favorables, et étaient nés au terme de huit à neuf mois.

L'influence de la couveuse sur l'oedème et la cyanose des nouveau-nés est donc des plus heureuses. M. le professeur Depaul, dans l'article: «Nouveau-né (du Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales), au chapitre OEdème» dit qu'il y avait environ 16 enfants sur 20 atteints d'oedème simple. Avec l'emploi de la couveuse, le pronostic s'améliore singlièrement, puisque nous n'avons à signaler ici que 4 morts sur 21 cas, au lieu de 16 sur 20, proportion indiquée par M. Depaul.

3. Diverses autres maladies. -- Les différentes autres maladies traitées par la couveuse, et pour lesquelles, vu le petit nombre de cas et le manque d'observations assez complètes, nous nous bornons à une simple énumération, sont les suivantes:

Gêne respiratoire, due ordinairment à un léger degré de congestion pulmonaire, 5 cas (obs 34, 36, 41, 42, 66), 2 guérisons et 3 morts.

Mort apparente, à la suite de laquelle les enants ayant été ranimés ont été placés dans la couveuse, 4 cas (obs. 59, 74, 120, 143), 3 guérisons, et 1 mort.

Athrepsie, 3 cas (obs. 49, 107, 123), 2 morts et 1 guérison. Vu la courte durée du séjour des enfants à la Maternité, qui est environ de dix jours, il ne nous est que rarement donné d'assister au dévelopement de l'athrepsie, d'autant plus que la grande majorité de ces enfants sont, pendant ce temps, alimentés soit par leur mère, soit par une nourrice. Nous regrettons ce manque au point de vue de la couveuse, car il est vraisemblable que ses effets combinés avec ceux d'une alimentation bien conduite seraient des plus heureux sur la maladie en question.

Syphilis, 4 cas; les enfants sont sortis vivants (obs. 38, 61, 75, 87).

Enfant ayant subi une opération obstétricale, telle que forceps ou version: 2 cas. Enfants sortis bien portants (obs. 10, 108).

Enfant faible et avant terme, ayant eu une fracture du bras, produite pendant l'extraction, 1 cas. Sorti bien portant (obs. 91).

Vices de conformation: 3 cas, 3 morts (obs. 35, 80, 85).

Rougeole, 1 cas, mort (obs. 106). La rougeole s'est développée dans la couveuse. L'enfant, qui était jumeau, y avait été placé pour sa faiblesse au moment de la naissance. (Ce cas a été déjà compté dans la statistique parmi les enfants nés avaut terme.)

Résumant les résultats précédents, nous obtenons les chiffres que voici:

Total.

Vivants.

Morts.

Enfants avant terme

93

62

31

Faiblesse

6

4

2

Cyanose

5

5

»

OEodème

25

21

4

Gêne respiratoire

5

2

3

Mort apparente

4

3

1

Athrepsie

3

1

2

Syphilis

4

4

»

Opération obstétricale

2

2

»

Fracture

1

1

»

Vice de conformation

3

»

3

Totaux

151

105

46

A. Résultats statistiques.

Pour apprécier les résultats fournis par la couveuse, nous avons pris comme point de comparison les enfants nés dans des conditions analogues et élevés à l'air libre.

Depuis l'installation des couveuses à la Maternité, tous les enfants, quels qu'ils soient, pesant moins de 2,000 grammes, sont, à très peu d'exception près, placés dans la couveuse. Or, en élimant naturellement les mort-nés et en établissant la statistique des enfants présentant un poids inférieur à 2,000 grammes ayant passé par la couveuse, et ceux n'ayant pas été placés dans cet appareil et nés à la Maternité de Paris, depuis le 1er avril 1879 au 31 juillet 1881, c'est-à-dire avant l'installation de cette couveuse, ainsi que ceux nés à la Maternité de Cochin pendant 1882, statistique que M. Marchand a bien voulu nous permettre de puiser dans les cahiers de son service, nous arrivons aux résultats suivants:

Enfants pesant moins de 2,000 gr. à la naissance.

Couveuse.

Sans couveuse.
Maternité de Cochin,
année 1882.

Sans couveuse.
Maternité de Paris,
du 1er août 1879,
au 31 juillet 1881.

Total des enfants. 79

Total des enfants. 30

Total des enfants. 116

49 vivants.

10 vivants.

40 vivants.

30 morts.

20 morts.

76 morts.

Mortalité. 38 0/0

Mortalité. 66 0/0

Mortalité. 65 0/0

Pour les enfants pesant plus de 2,000 grammes, les statistiques ne sont plus comparables, car, à partir de ce poids, on ne place dans la couveuse que ceux quit sont malades, ou surtout ceux-là, et on n'aurait pas de statistique comparable, puisque celle de la couveuse à partir de ce poids ne porterait que sur les enfants malades, et celle des enfants en général, en même temps sur les enfants malades et sains, ces derniers étant de beaucoup le plus nombreux.

Les chiffres précédents sont assez éloquents par eux-mêmes; l'abaisement de la mortalité de 66 p. 100 ou 65 p.100, à 38 p. 100, est le meilleur plaidoyer qu'on puisse faire en faveur de la couveuse.

 


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Created 3/2/1999 / Last modified 3/2/1999
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