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De La Couveuse Pour Enfants

Par A. Auvard

I. -- Description des Couveuses de la Maternité

Une des couveuses de la Maternité de Paris construite, d'après les indications de M. Tarnier, par M. Odile Martin, se compose d'une boîte en bois dont les parcis sont épaisses de 0,10 à 0,12 cent., et remplies de sciure de bois, pour les rendre isolantes autant que possible. Cette boîte, reposant sur un piédestal, est haute, y compris ce dernier, de 0,95 cent., large de 0,70, et profonde de 0,83.

Elle est séparée en deux compartiments par une division centrale. Le compartiment inférieur contient le réservoir d'eau chaude; le supérieur est destiné à recevoir le berceau de l'enfant.

La caisse en métal qui constitue le réservoir d'eau chaude remplit presque tout le compartiment inférieur. Ses dimensions extérieures sont les suivantes: largeur 0 m. 40, profondeur 0 m. 0,58, hauteur 0,31. Son contenu est de 71 litres environ. Entre les parois des réservoirs et celles de la caisse en métal il y a un espace libre, de 2 à 3 centimètres, destiné à la circulation de l'air qui, venant des parties inférieures, monte dans le compartiment supérieur et s'échappe par des orifices pratiqués au couvercle de la boîte.

Au réservoir d'eau chaude est adapté un robinet permettant de le vider facilement, et un thermosiphon dont la figure ci-jointe donne une idée suffisante sans qu'il soit besoin de description.

Le compartiment supérieur est destiné à recevoir une corbeille dans laquelle sera placé l'enfant. Elle a pour dimensions: hauteur 0 m. 31, largeur 0 m. 45, profondeur 0 m. 62; sa capacité est donc environ de 86,490 centimètres cubes. Ce compartiment n'est séparé de l'inférieur que par une paroi à jour permettant un libre accès de l'air de l'un percé dans la paroi supérieure de la boîte, ayhant 0 m. 55 de long, sur 0 m. 38 de large, et fermé par un double couvercle en verre; l'autre s'ouvrant à la façon d'une porte comprenant presque toute la paroi latérale du compartiment et permettant d'enlever facilement le berceau de l'enfant en l'attirant au dehors.

Aux quatre coins de l'ouverture supérieure se trouve un orifice arrondi de 0,02 centim. de diamètre. pour permettre le passage de l'air, de telle sorte que ce fluide, pénétrant entre le piédestal et la boîte par les solutions de continuité qui existent à ce niveau, monte le long des parois du réservoir d'eau chaude, arrive échauffé dans le compartiment supérieur, où il séjourne un temp variable, et enfin s'échappe par un des orifices que nous venons de mentionner.

La figure ci-jointe (fig. 1) représente une coupe schématique antéro-postérieure de la couveuse, et est destinée à faciliter l'intelligence des différentes parties que nous venons de décrire.

La seconde couveuse employée à la Maternité diffère un peu de la précédente; ses dimensions sont plus considérables. Le réservoir d'eau chaude présente des prolongments qui de chaque côté viennent former la paroi du compartiment supérieur. Cette disposition ne présentant pas d'advantage sérieux, ainsi que la pratique l'a montré, et ne faisant que compliquer l'appareil, nous nous contentons simplement de le signaler.

Mode de chauffage.

Au réservoir d'eau chaude est adapté un thermosiphon. Il suffit d'allumer la lampe représentée dans la figure, et qui est alimentée soit par le gaz, soit par l'alcool, soit par l'essence de pétrole, pour que le liquide contenu dans le cylindre s'échauffe rapidement. Puis le liquide échauffé, s'échappant par le tube supérieur, pénètre dans le réservoir, et est remplacé par une partie égale de liquide revenant par le tube inférieur. Un courant se trouve ainsi établi dans toute la masse du réservoir, dont la température s'élève progressivement jus-qu'au degré désiré.

Pendant la saison froide, il faut en général allumer la lampe du thermosiphon trois fois par jour, et la laisser brûler environ deux heures à chaque séance. On doit l'éteindre aussitôt que la température est, dans le compartiment supérieur, arrivée à 2 degrés environ audessous du niveau thermométrique qu'on veut obtenir. L'observation a en effet démontré que, la lampe éteinte, la température du compartiment supérieur s'élève pendant quelques instants, et que cette élévation est de 2 degrés centigrades environ.

Pour apprécier la température, on place un thermomètre à côté de l'enfant. On peut facilement en apercevoir la colonne à travers la double paroi de verre du couvercle de la boîte.

Pendant la saison chaude, il suffit ordinairement d'allumer le thermosiphon deux fois par jour. On est d'ailleurs toujours à même de la faire, alors que la température de la couveuse s'abaisse trop considérablement.

Dans une habitation privée, sous la direction d'une personne attentive et n'ayant pas d'autre occupation, le thermosiphon constitue un bon moyen de chauffage, mais dans une Maternité il est `a craindre qu'on ne laisse l'appareil fonctionner trop longtemps; de pareilles négligences pourraient coûter la vie à l'enfant. Pour éviter pareil accident, au lieu d'employer le thermosiphon, on se contente simplement d'enlever le matin et le soir un seau d'eau du réservoir de la couveuse et de le remplacer par une quantité égale d'eau bouillante. Quand la température extérieure est très froide, on met un troisième seau d'eau bouillante dans l'espace de vingt-quatre heures. L'eau est enlevée par le robinet du réservoir et la nouvelle est introduite par un entonnoir adapté à la partie supérieure du thermosiphon, qui présente une petite pièce en forme de bouchon pouvant se dévisser complètement.

Grâce à ce procédé, on obtient une température qui est de 29 à 30° pendant les deux premières heures, et qui au bout de douze heures est tombée à environ 26 et même 25°.

Au début on maintenait la couveuse à la température de 34 et même 35°; actuellement 'est, en général, 30° qu'on adopte comme chiffre moyen. C'est ce degré de chaleur qui, autant qu'on a pu le juger jus-qu'à présent, semble fournir les meilleurs résultats. Toutefois, c'est là un chiffre purement arbitraire qui pourra être très bien modifié par des observations ultérieures. M. le Dr. Pinard, à l'hôpital Lariboisière, a pris comme degré étalon 34, ayant remarqué qu'à ce degré seulement les extrémités des enfants nés avant terme ne se refroidissent pas par rapport au reste du corps. Quel est le degré de température préférable? La température doit-elle varier avec l'âge de l'enfant et le terme de la grossesse auquel il naît? Les éléments manquent actuellement pour la solution de ces questions.

M. le Dr. Budin, dans son service à l'hôpital de la Charité, a fait installer une couveuse analogue à la précédente, mais qui est chauffée au gaz et dans laquelle la température peut être maintenue constante, grâce à un régulateur Regnard. Par prudence une sonnette d'alarme électrique est ajoutée à l'appareil, destinée à avertir la personne de service si la température atteignait par accident un degré trop élevé.

Soins à donner à l'enfant pendant son séjour dans la couveuse.

La question de l'alimentation de l'enfant placé dans la couveuse est une des plus importantes, car elle contribue pour une large part à sauver la vie de ce nouveau-né.

A la Maternité, on agit en général de la façon suivante: tout enfant assez robuste pour prendre le sein est confié à une nourrice. Car la mère étant placée dans des salles éloignées de la couveuse, il y a obstacle matérial à ce que l'enfant soit transporté auprès d'elle à chaque tétée. Les exceptions telles que celle où la mére est syphilitique, se devinent facilement.

Quand l'enfant est faible, qu'il est né bien avant terme et, par conséquent, incapable de prendre le sein, on le nourrit avec du lait d'ânesse: c'est l'aliment le plus léger, se rapprochant le plus du lait maternel et le mieux supporté. Ce lait est donné pur à la cuiller ou au verre, tout biberon étant proscrit à la Maternité.

Pour ses repas l'enfant est sorti de la couveuse qu'on a le soin de refermer aussitôt, surtout s'il y en a un second, ainsi que c'est le cas habituel dans celle que nous venons de décrire. Pendant la durée du repas, l'enfant emmaillotté, suivant l'habitude, reste exposé à la température de la salle. Aussitôt après, à moins qu'il n'y ait lieu de lui faire une toilette, il est remis dans la couveuse. Les repas ont lieu toutes les deux ou trois heures.

Les vêtement du nouveau-né enfermé dans la couveuse ne diffèrent pas de ceux des autres nourrissons. Les couches sont changées cinq à six fois par jour, plus souvent s'il y a de l'érythème. On lui fait aussi prendre un bain quotidien.

Les changements de vêtements se font dans la salle à la température ordinaire; les enfants quoique sortant de la couveuse ne semblent pas plus impressionnables que les autres. Ces sorties hors de la couveuse, alors qu'elles sont discrètes et non prolongées, ne semblent exercer aucune influence fâcheuse.

Nous trouvons dans l'ouvrage du Dr J-W. Edwards, sur l'influence des agents physiques sur la vie [1], l'explication scientifique de l'innocuité de ces sorties hors de la couveuse.

L'auteur ayant soumis une série de jeunes animaux à des températures basses pendant des séances successives plus ou moins espacées, et dans l'intervalle desquelles on laissait les sujets se réchauffer, a observé que plus ces séances étaient répétées, moins l'animal devenait apte à y résister, et que si, par exemple, on prenait deux animaux et qu'on les soumît en même temps au froid, l'un pour la premiére fois, l'autre pour la cinquième ou sixième, on verrait ce dernier présenter une résistance beaucoup moindre et mourir plus rapidement.

Faisant la contre-partie de l'expérience précédente, Edwards arrive aux conclusions suivantes: «Après un refroidissement capable de diminuer la production de la chaleur, le séjour dans une température élevée favorise le rétablissement de cette faculté; car en exposant les animaux à de nouveaux refroidissements, leur température baissera d'autant moins vite, qu'ils auront été exposés plu slongtemps à la chaleur.

«Il s'ensuit que l'effet de l'application d'une chaleur convenable se prolonge après la cessation de la cause.... On voit par là que lorsqu'on est dans le cas d'être souvent exposé à un froid très vif, on se dispose mieux à le supporter en se procurant dans les intervalles une forte chaleur.»

De ces faits on pourrait conclure que le nouveau-né, sortant de la couveuse, supportera beaucoup mieux l'exposition à la température extérieure que celui qui sort de son berceau.

Les enfants sont placés en maillots dans la couveuse. Vu le degré de chaleur dans lequel ils y vivent, on aurait pu penser à les laisser nus, les plongeant ainsi dans un bain d'air, présentant au point de vue de la température quelque analogie avec le bain amniotique de la vie intra-utérine. Il semble cependant préférable de laisser les enfants vêtus, pour les deux raisons que voici: la première pour éviter qu'à chaque sortie on ne soit obligé d'habiller l'enfant; la seconde nous a été fournie par l'expérience suivante: en plaçant un thermomètre à minimâ dans les vêtements autour du tronc, et assez loin du contact de la peau, la couveuse étant à 30°, le thermomètre indiqua 33 et 32°. Il ya donc dans les vêtements une couche d'air plus chaude que celle de la couveuse, dont le degré de température se rapproche de celui de corps. En enlevant les vêtements on détruirait cette couche isolante intermédiaire, et la couveuse étant à 30°, on exposerait l'enfant à un froid relatif.

 


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Created 3/2/1999 / Last modified 3/2/1999
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